Ce soir a eu lieu le traditionnel concert de fin d'année de la chorale et de l'orchestre.
Les élèves chantent et jouent pendant près de deux heures un répertoire aussi divers que génial.

Il y a quelque chose en moi qui tient de la groupie hystérique lorsque je repère mes élèves avant que la baguette de la cheffe d'orchestre ne se lève. Quelque chose de la mère attendrie lorsque glissent les premiers archers sur les violons. Je sèche subrepticement les traîtres larmes qui roulent lorsque retentit la première note chantée et jouée à l'unisson.

Ils se tiennent devant moi, le visage muré dans une concentration austère mais totale. Je ne peux m'empêcher de sourire béatement, de la première note jusqu'au dernier applaudissement. Je filme, je photographie, j'enregistre.

Ils sont loin. Qu'ils soient bons ou non est déjà une question qu'ils ne se posent plus. Ils sont tous là, ensemble. Il n'y a que cela qui compte.
C'est ce même sentiment qui m'empêche de quitter les lieux une demi heure après le concert. Je veux rester dans cette atmosphère magique et intemporelle. Glaner encore quelques minutes parmi eux, m'imprégner de leur gaieté, de leur joie de vivre. Parce que ce sont des troisièmes et que comme ils l'ont chanté dans la chanson choisie en remerciements, ils sont aussi là pour dire au revoir.

Le savent-ils ? Qu'ils nous laissent ce soir une partie d'eux-mêmes ? De la musique dans la tête et des souvenirs plein le coeur. Peut être sommes nous ainsi parés pour les adieux : nous retenons un fragment de leur enfance et, dans leur mue, nous écartons à contre coeur les doigts pour les laisser filer.